Leila Zelli : Le chant des oiseaux

Volet 1 : Arts du Tout-Monde au Musée des arts de Montréal
Volet 2 : 25 novembre 2019 au 14 février 2020 au Conseil des arts de Montréal


Texte de l’expo :


«Si je me lève
Si tu te lèves
Tout le monde se lèvera
Si je m’assois
Si tu t’assois
Qui se lèvera?»

— Hamid Mosadegh


L’artiste Leila Zelli présente une installation en deux parties au Conseil des arts de Montréal et au Musée des beaux-arts de Montréal intitulée Le chant des oiseaux.

Le travail de Zelli se penche sur la subjectivité du regard et reflète nos à priori collectifs, principalement en ce qui concerne la région du Moyen-Orient. Elle y parvient en juxtaposant des images et des sons profondément paradoxaux qui évoquent à la fois beauté et catastrophe. Il existe une qualité hypnotique omniprésente dans ses vidéos. Envoûtantes, ses images aux mouvements ralentis entraînent le regard et le garde rivé à l’écran. C’est seulement une fois que l’oeil commence à s’apprivoiser aux merveilles des images qu’une autre dimension est divulguée. Une discordance. Les sujets de ses vidéos sont souvent inaccessibles; étant soit hors champ, dissimulés, déformés, découpés ou bien non identifiables à première vue. Elle évoque le monde enchanteur des jeux d’enfants pour compliquer notre soi-disant compréhension d’une région et de ses conflits, apportant une dimension critique qui confronte notre rapport aux images médiatiques qui nous entoure.

Avec la vidéo Le chant des oiseaux (2019), présentée au Musée des beaux-arts de Montréal, Leila Zelli entremêle son propos artistique à son expérience vécue. Pour la première fois, elle pointe son objectif vers son pays d’origine, l’Iran. Dans la vidéo, elle puise les archives de Twitter à la recherche du mot clé #Iran et juxtapose sa sélection de “gazouillis” trouvés sur le réseau social aux images faiblement éclairées d’oiseaux et d’autres figures provenant de la collection d’artefacts persans du MBAM.

Réalisée en collaboration avec Guillaume Pascale et présentée au Conseil des arts de Montréal, La Remplaçante (2019) présente une femme portant un voile bleu qui se trouve assise dans un gradin vide regardant au loin pendant 90 minutes. La vidéo se veut un hommage à la femme dont on se souvient aujourd’hui sous le nom de Blue Girl, Sahar Khodayari. Zelli interprète elle-même cette pièce comme geste de solidarité envers sa compatriote qui s’est immolée devant le Tribunal de la révolution islamique à Téhéran après avoir été condamnée à six mois de prison pour avoir enfreint la loi du régime islamique qui interdit aux femmes l’accès aux stades de sport. La tragédie du sort de cette jeune femme et le message retentissant de son suicide public ont provoqués une mobilisation internationale qui a permise aux femmes iraniennes d’accéder, peut-être uniquement de façon temporaire, aux stades lors de rencontres sportives internationales. La Remplaçante sera présentée dans le cadre d’une installation qui réunira des photographies, des objets et des vidéos.

En tant qu’écrivaine et commissaire d’origine iranienne, Le chant des oiseaux m’a poussé à remettre en question ma propre liberté d’expression et ses limites. Bien que je sois solidaire avec Leila Zelli, je garderai l’anonymat dans une foule de poings levés. Ces mots et ces images ne sont pas sans répercussions réelles.

– Nāshenās

Cette exposition est rendue possible grâce à la résidence Empreintes issue d’une collaboration entre le Musée des beaux-arts de Montréal et le Conseil des arts de Montréal.

L’artiste tient à remercier le Musée des beaux-arts de Montréal, le Conseil des arts de Montréal, le Conseil des arts et des lettres du Québec, Geneviève Goyer Ouimette, Laura Vigo, Iris Amizlev, Sylvie Lacerte, Marie-Michèle Cron, Fabien Marcil, Mojeanne Behzadi, Guillaume Pascale, Anne-Marie Ninacs et Jean-Philippe Thibault.





Photos : Alex Paillon, vernissage de l’exposition Le chant des oiseaux au Conseil des arts de Montréal, 
Mark