Pourquoi devrais-je m’arrêter ?
Leila Zelli, Pourquoi devrais-je m’arrêter ?, 2020, vidéos, couleur, son, textes
Commissarié par Arianne De Blois

  • Présenté dans le cadre de l’exposition virtuelle Quelque part, autrement, QUADrature, Galerie de l’UQÀM, 2020
  • Présenté à la Nuit des idées 2021, Galerie de l’UQÀM en collaboration avec  le Consulat général de France à Québec

« La dernière œuvre, Pourquoi devrais-je m’arrêter ?, formée de deux vidéos, est la plus puissante des quatre. Critique de la société iranienne d’où elle est originaire, Leila Zelli montre comment des femmes de ce pays luttent et résistent. Notamment en contestant sur les réseaux sociaux la décision du pouvoir religieux iranien d’interdire aux femmes la pratique antique, en public, du Varsesh-e Bâstâni, un exercice physique réservé aux hommes.
On voit ainsi des extraits de vidéo de femmes de tous âges filmées en train de danser et de pratiquer cet exercice traditionnel à l’extérieur ou chez elles. Tandis qu’est diffusé le poème Il n’y a que la voix qui reste, de Forough Farrokhzad.
Pour marquer la détermination des femmes iraniennes, une autre vidéo nous montre Leila Zelli tourner en rond dans un parc durant plusieurs minutes. Cercle vicieux, obstination, résistance. Pourquoi devrais-je m’arrêter ? demande l’artiste. Une œuvre simple, claire et forte. Un appel à la résilience qui résonne d’autant plus fort actuellement. Comme l’exprime Louise Déry, « QUADrature connecte de manière incroyable le temps présent sans l’illustrer superficiellement ». »
La Presse

Pourquoi devrais-je m’arrêter? (2020) de Leila Zelli sert, à ce propos, une profonde affirmation identitaire à partir d’une proposition étoffée de deux vidéos et de la lecture du poème Il n'y a que la voix qui reste de Forough Farrokhzad, duquel est d’ailleurs tiré le titre de l’œuvre. Ce récit d’une voix persistante qui refuse de se taire est l’expression même de la démarche de Zelli et de ses consœurs qui s’approprient les médias sociaux pour diffuser et manifester largement leur existence. Des femmes de tout âge se partagent l’écran de la première vidéo alors qu’elles pratiquent le Varzesh-e Bâstâni, un sport traditionnel dont l’exercice leur a été interdit dans l’espace public par l’état. L’accumulation des pratiques solitaires génère un collectif bruyant et étourdissant. Le crescendo sonore où s’entassent les instruments et les chants se joint à l’accélération des mouvements en l’expression assourdissante du droit d’exister. À l’inverse, le bruissement discret de la forêt de la seconde vidéo met en lumière l’action solitaire, constante et assidue de l’artiste. Pieds nus et vêtue du pantalon d’exercice rituel, Zelli tourne en rond d’un pas régulier sur ce qui s’apparente à un zurkhâneh, gymnase traditionnel iranien, en pleine nature. L’artiste confronte l’écoulement lent du temps à l’action persistante et patiente de son corps dans l’espace. Cette marche sans fin, dont la trace ne se verra qu’à force de volonté tenace, résume enfin le processus éreintant et laborieux de l’affirmation de soi dans un espace social sourd.
ESSE



Capture d’écran de l’exposition virtuelle -  Design : LOKI