Elles font tourner les ciels
vidéo, 2023, couleur, son, 21 min et 30 s
Du 16 novembre 2023 au 20 janvier 2024
Dazibao, Montréal

Photos : Dazibao

Leila Zelli s'intéresse aux notions de l'Autre et de l'ailleurs, en particulier au sein du terrain géopolitique communément nommé, de manière discutable d’ailleurs, le Moyen-Orient. Elle crée des installations à partir d'images, de vidéos et de textes provenant souvent d'Internet et des médias sociaux. S’ancrant dans une position à la fois distante et d'appartenance, le travail de Zelli explore la tension entre des images agréables, ou à priori séduisantes, et des représentations de situations de crise politique et de résilience qui y sont associées.

Œuvre toute récente de l'artiste, Elles font tourner les ciels, est un montage de vidéos récupérées sur Instagram entre 2021 et 2023. Période qui correspond, en Iran et partout dans le monde, aux manifestations entourant l’obligation de porter le hijab et, ultérieurement, la mort de Mahsa Amini. Proposant une constellation de moments de la vie iranienne contemporaine, ces contenus, plus ou moins librement partagés, sont assemblés de manière quasi compulsive, comme pour éviter leur disparition ou signifier l'imminence de la révolution. C’est dans un tourbillon au premier abord déstabilisant que se côtoient différentes scènes issues du quotidien, parfois festives ou ludiques, et d’autres fois en appelant à l’urgence de se soulever. Très diversifiées de par la manière dont elles sont sourcées, les vidéos colligées par Zelli réussissent par accumulation à déjouer l'ambigüité et à livrer un récit de détermination, de refus d’obtempérer et de quête de liberté. S’appuyant sur le surdécoupage, l’artiste fait glisser le sens des images. La vision bucolique d’une femme de dos, foulard au vent, s’élançant dans un paysage magnifique mute, en se frottant à d’autres séquences, à la crainte d’être reconnue et de risquer la persécution. L’anonymat des personnes représentées devient ainsi un agent perturbateur offrant un parallèle à la manière dont les soulèvements de masse actuels en Iran font que le régime ne peut plus viser des individus — s’en prendre à quelques rebelles — mais se trouve confronté à des mouvements de masse pratiquement impossibles à contrôler.

En exposant les médias sociaux comme une source d’informations et un moyen de communication incontournable en situation de crise, Zelli en révèle aussi les paradoxes, ou la contre-expérience que nous en avons depuis quelques dizaines d’années : ceux-ci peuvent aussi contribuer à contrôler le message, à identifier les dissident·es, voire à isoler des communautés entières. De par sa position à la fois toute proche mais géographiquement éloignée, Zelli prend toutefois le parti d’en tirer le meilleur. Brossant un portrait saisissant, et très poétique, du Woman, Life, Freedom (Femme, vie, liberté) scandé par des milliers de personnes depuis un peu plus d’un an, l’artiste célèbre les femmes iraniennes, leurs traditions, tout en défiant le pouvoir qui brime l’expression de ces traditions. Aux voix réprimandant des femmes ayant retiré leurs hijabs, Zelli répond par des images chatoyantes de liberté, des corps qui se meuvent librement, des horizons ouverts, une mer sans fin et un ciel infini.

https://dazibao.art/exposition-leila-zelli